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La Convention démocrate 2012 décryptée pour vous

Posté par: Ibrahima simaga| Samedi 08 septembre, 2012 08:36  | Consulté 974 fois  |  0 Réactions  |   

 

La Convention démocrate 2012 décryptée pour vous

A Charlotte, en Caroline du Nord, dans l’enceinte du «Time Warner Cable Arena », la Convention démocrate 2012 a été ouverte par le «keynote speech » - discours clé - du maire de San Antonio, au Texas, Julian Castro. Retenez bien ce nom : ce sera peut-être celui du prochain président des Etats-Unis voire le premier président d’origine hispanique de l’histoire de ce pays. Ce jeune latino américain, qui semble avoir un avenir prometteur en politique, seulement âgé de 37 ans, est l’une des étoiles montantes du parti démocrate. Pour rappel, c’est Barack Obama alors à peine âgé de 40 ans qui avait ouvert la Convention démocrate de 2004 pour l’investiture de John Kerry. Son discours fut très remarqué à telle enseigne que beaucoup d’analystes politiques avaient déjà vu en lui le prochain président des Etats-Unis. Le mardi 4 novembre 2009, il est devenu le premier afro-américain à  entrer à la Maison-Blanche.

Le choix porté sur un latino n’est point fortuit. A travers ce choix, les démocrates ont voulu faire jouer la carte des minorités ethniques. En d’autres termes, c’est pour faire «un clin d’œil» ou si vous voulez «un appel du pied» à l’électorat d’origine hispanique. «Les Latinos ou Chicanos», comme on les appelle, représentent presque le tiers de la population américaine. C’est une population qui a le taux de fécondité le plus élevé au Pays de l’Oncle Sam. Elle croît presque deux fois plus que la population noire. C’est pour dire que cet électorat a un poids non négligeable.

 Julian Castro dira à la tribune : «Mon histoire de famille n’est pas spéciale. Ce qui est spécial, c’est l’Amérique,» sous entendu cette Amérique où les rêves les plus fous sont permis. S’il faut en croire Julian Castro, sa grand-mère était ménagère chez les Blancs. C’est avec cet argent gagné à la sueur de son front par celle-ci que sa propre mère a pu aller à l’Université pour obtenir le premier diplôme de la famille. Oui ! c’est aussi cela le rêve américain. L’expression consacrée pour traduire cet état de fait en Amérique est «from rags to riches,» ou si préférez «des haillons à la fortune. » Cela se dit de quelqu’un qui est revenu de très loin pour enfin connaître la consécration ou le succès grâce au travail. Il faut dire que les Américains croient au « work ethics », traduisez, l’éthique du travail.

Puis, ce fut le tour de la First Lady, Michelle Robinson Obama d’entrer en scène. On vous avait déjà dit que les Conventions, c’est «un match dans un match». Michelle Obama a répliqué à Ann Romney. La fille de Frazier et de Marian Robinson, pour ne pas dire Michelle, est avocate de formation, issue de la prestigieuse Harvard Law School. C’est une First Lady qui a une tête bien pleine. Et Obama en est très conscient. Pour la petite histoire, quand Obama a terminé ses études de Droit à Université de Boston, plus exactement à la prestigieuse Harvard Law School, il faisait son stage à Chicago - la ville dont sa mère est originaire - dans un grand cabinet d’avocats appelé Sidley & Austin, où Michelle travaillait déjà. Obama a donc fait son stage d’avocat sous la supervision de sa future épouse. En d’autres termes, elle fait partie de ceux qui lui ont montré les arcanes du métier. Le couple s’est connu en été 1988, il y’a 24 ans…dans ce même cabinet, et depuis lors, l’idylle continue.

Dans son autobiographie, Dreams from My Father (1995) -Les rêves de mon père- Obama a reconnu le fait que sa femme, Michelle, est une épouse modèle. Elle a sacrifié en fait sa carrière d’avocate pour devenir femme au foyer et élever leurs deux filles, Malia 15 ans et Natacha 13 ans, plus connue sous le pseudonyme de Sasha.

Pour revenir au discours de Michelle, elle n’a pas manqué de rehausser l’image de son époux qu’elle décrit comme «un bon père de famille, très proche de ses enfants et de son épouse ».

De plus, elle a déclaré qu’Obama «connaît le rêve américain car il l’a vécu.» Elle insinue par là qu’Obama est un «self-made man » qui est revenu de très loin. Tout cela pour dire que ce n’était pas gagné pour Obama ; qu’il a dû trimer pour arriver à ce state.

Cette fois-ci, Michelle a su éviter l’erreur qu’elle avait commise lors de la Convention démocrate de 2008 en déclarant : «Pour la première fois de ma vie, je suis fière de l’Amérique… » Ces propos avaient été mal perçus par les Américains. La presse américaine  les avait même jugés comme étant « shocking ! » Mais, il faut reconnaître qu’en ce jour historique là, Michelle était indubitablement sous l’effet d’une forte émotion.

Par ailleurs, les démocrates avaient besoin d’un d’homme expérimenté, averti et fin politicien pour battre en brèche les « fallacieux arguments » avancés par les républicains. Il leur fallait donc un homme de la trempe de Bill Clinton. Le moins qu’on puisse dire c’est que sa prestation a été digne de Cicéron, ce grand orateur devant l’Eternel.

Ainsi, lors du deuxième jour de la Convention, il revenait à l’ancien président américain, William Jefferson Clinton (1993-2001), de faire son apparition devant un public déjà acquis à sa cause. Dès l’entame de son discours, Bill Clinton dira qu’il est « fier de nommer Barack Obama comme le porte-étendard du Parti démocrate. » 

Le choix de Bill encore une fois n’est pas gratuit. Le taux de chômage caracole actuellement à 8%. Les démocrates ont sûrement appelé ce stratège pour qu’il puisse les défendre sur le plan de la politique économique, le talon d’Achille de Barack Obama. Il faut rappeler que Bill a eu un second mandat grâce à son bilan économique jugé très positif : stabilité économique, faible taux de chômage, et surplus budgétaire. Il a réussi à créer durant ses deux mandats plus de 23 millions de nouveaux emplois. Un record dans l’histoire des Etats-Unis. Dans son discours, il a démonté pièce par pièce les arguments économiques des républicains devant plus de 6.000 délégués du Parti démocrate : «Les républicains ont laissé l’économie américaine dans une pagaille totale !» avant d’ajouter : « Aucun président, aucun président –pas même mes prédécesseurs, personne - n’aura pu réparer les dégâts causés en seulement quatre ans

Toujours dans le même sillage, il a placé des arguments de taille qui valent leur pesant d’or. Il démontrera par exemple que depuis 1961 –presque 52 ans maintenant-, les républicains ont occupé 28 fois la Maison-Blanche, contre 24 fois pour les démocrates. D’après lui, durant ces 52 ans, l’économie américaine a produit 66 millions d’emplois dans le secteur privé. « Quel est le score ?» demanda-t-il. « Les républicains 24 millions et les démocrates…42 millions d’emplois !!!» D’après lui, il n’y a donc pas photo.

Et il ne s’est arrêté en si bon chemin. Il est allé encore plus loin. En 1980, pour battre Jimmy Carter, Ronald Reagan a dû utiliser un argument de taille, sorti du chapeau d’un grand prestidigitateur. Pour rappel, Reagan avait posé cette fameuse question à l’électorat américain : « Etes-vous dans une meilleure situation qu’il y’a quatre ans ? » La réponse fut évidemment « Non ! ». Cette fois encore, les républicains ont utilisé la même tactique face aux démocrates. Malheureusement, il semble que la mayonnaise n’a pas pris cette fois-ci car Bill Clinton a démontré que cet argument est maintenant cousu du fil blanc. Il leur a retourné la question comme une balle de boomrang.Voici sa réplique :

Selon lui, il faudrait plutôt se demander : « Sommes-nous là où nous le souhaitons ? » La réponse est « Non !». Et il continue son argumentaire en posant une autre question pertinente : « Mais sommes-nous dans une meilleure situation que quand le président a pris ses fonctions, avec une économie en chute libre, qui perdait 750.000 emplois par mois ? » Cette fois, la réponse est indubitablement « Oui !». Ces contre-arguments en faveur du président sortant furent appuyés par des acclamations nourries suivies d’un « standing ovation ». Il a terminé « sa plaidoirie » en disant :

«Si vous voulez une société où la règle c’est chacun pour soit, où les plus riches et les plus riches dominent, alors votez pour les républicains.» Et il ajoute :

« Mais si voulez une société où on est tous ensemble, alors votez pour les démocrates. »

Last but not least, ce fut le tour de Barack Hussein Obama, le 44e locataire de la Maison-Blanche, d’enflammer le public lors de la clôture de la Convention démocrate 2012. Il a déclaré d’entrée de jeu : « J’accepte l’investiture du Parti démocrate pour l’élection présidentielle pour quatre années de plus »

Obama a regardé les Américains les yeux dans les yeux pour leur dire la Vérité, tout en égrenant son bilan. Morceaux choisis:

« Vous m’avez élu pour vous dire la vérité. »

« La vérité est qu’il nous faudra plus que quelques années pour résoudre les problèmes qui se sont accumulés depuis des décennies. »

« Jene prétends pas que le chemin que j’offre est rapide et facile.»                                           

« Mais, rassure-t-il, nos problèmes peuvent être résolus. Nous pouvons être à la hauteur des difficultés. Le chemin que nous proposons est peut-être plus difficile, mais il nous mène vers un monde meilleur. Et je vous demande de choisir cet avenir. »

« Sur chaque dossier, votre choix ne sera pas seulement un choix entre deux candidats ou deux partis. Ce sera un choix entre deux chemins différents pour les Etats-Unis. Un choix entre deux visions fondamentalement différent pour l’avenir

« Il y’a quatre ans, j’ai promis de mettre fin à la guerre en Iraq. C’est chose faite. »

« J’ai promis de régler le compte aux terroristes qui nous ont attaqué le 11 septembre. C’est chose faite. » La preuve ? La voici :

« Al Qu’aida est sur le point d’être vaincu…et Ben Laden est mort. »

« En 2014, la guerre la plus longue de l’histoire de notre pays sera terminée. » (il veut parler de la guerre d’Afghanistan)

« Une nouvelle tour est érigée dans le ciel de New York (il fait allusion au Ground Zero, le monument à la mémoire des victimes des attentats de World Trade Center avec l’effondrement des deux tours jumelles, les Twin Tours) ».

Obama a aussi fait mention de sa réforme de santé, Medicare, qui est également à mettre à son actif. Comme prévu, il n’a pas manqué de jeter des pierres dans le camp républicain :                                  

« A Tampa, nos amis (il veut dire ses adversaires républicains) se sont plus penchés sur les problèmes du pays plus tôt que comment les résoudre. »

« Mon adversaire et son colistier sont des novices en politique étrangère. »

En définitive, à travers le discours d’Obama, les démocrates semblent dire deux choses essentielles au peuple américain :

1- C’est vrai que la situation économique est préoccupante, de même que le chômage. Mais, donnez-nous du temps, c'est-à-dire un second mandat, et ensemble nous réussirons à changer les choses.  En même temps, ils semblent dire que les républicains sont les seuls responsables de cette situation catastrophique à travers les deux mandats du président George W. Bush Jr.

2- Si jamais vous nous virez pour donner la Maison-Blanche aux républicains, la situation sera encore pire que par le passé.

Tout ce qu’on peut dire à présent, c’est que c’est au peuple américain de juger. La dernière décision lui revient. Aux Etats-Unis, un tiers est républicain, un tiers est démocrate et un tiers est…indépendant ou indécis. Il s’agira de convaincre ces derniers. May the best win.

 

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 L'auteur  Ibrahima simaga
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Ibrahima simaga
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