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Hommage à Joseph Ndiaye de l'Île de Gorée

Posté par: Ibrahima simaga| Jeudi 23 août, 2012 11:45  | Consulté 5602 fois  |  16 Réactions  |   

 

Hommage à Joseph Ndiaye de l’Île de Gorée

Depuis 1997, l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture) a déclaré le 23 août Journée spéciale de commémoration de l’esclavage. Cet évènement historique et annuel sera célébré aujourd’hui en Angleterre, plus précisément à Liverpool, une ville qui a joué un rôle primordial dans le «commerce triangulaire », pour ne pas dire la traite nègrière.

Moi, en tant qu’africain  - et fier de l’être -, mes pensées ne vont ni vers Victor Schœlcher ni vers Abraham Lincoln, encore moins vers le Révérend Martin Luther King, Jr. Mes pensées vont plutôt vers un homme grand de taille,  au teint noir d’ébène, aux yeux de basalte, au corps frêle, à la démarche nonchalante, aux pas mesurés. Un homme qui a consacré presque toute sa vie à Gorée, à son histoire, à l’histoire des esclaves nègres. Il a vu défiler des générations d’hommes et de femmes, d’imminentes personnalités, de simples curieux, venus du monde entier pour découvrir le «crime hideux, horrible et ignoble » perpétré par l’homme blanc contre l’humanité. L’homme  était infatigable, passionné de son sujet qu’il dominait les yeux fermés. La langue française dont le poète-président Léopold Sédar Senghor disait que « c’était un merveilleux outil découvert dans les décombres de la colonisation », il la manillait à merveille car il avait le verbe facile. Durant des décennies, le regretté Joseph Ndiaye, puisque c’est de lui qu’il s’agit, fut le conservateur de la fameuse Maison des Esclaves de l’Île  de Gorée.  C’est à ce grand Monsieur que je voudrais saisir cette belle opportunité pour rendre un vibrant hommage  - hélas posthume.

Au cours de mon cursus universiataire, il m’arrivait de servir de guide et de traducteur aux touristes anglophones sur l’île de Gorée. C’est là que j’ai eu la chance de décourir celui qu’on appelait affecteusement « Joe ». L’homme était presqu’inimitable, mais je vais seulement essayer de restituer – tant bien que mal- la quintessence de sa prestation à la fois mémorable et inoubliable.

S’il faut en croire Joseph Ndiaye, l’Île comporte deux parties bien distinctes : une falaise basaltique sur laquelle est édifié le fort appeléCastel et une partie basse où s’est construite la cité et où se situe la plage. Gorée fait 900 mètres du nord au sud et 300 d’est en ouest. Elle se situe entre 35 et 45 minutes aux larges de Dakar. Deux ferries vous y acheminent : Blaise Diagne et Coumba Castel. Blaise Diagne fut le premier Noir élu au Parlement français et Mame Coumba est le génie qui veille sur l’île.

En 1445, le portuguais Denis Diaz découvre aux larges du Cap Vert une île inhabitée. Elle est bâptisée Palma par les Portuguais. Elle verra passer des exploirateurs célèbres tels que Barthélémy Diaz et Vasco de Gama. Puis, elle est recupérée par les Hollandais qui s’y installent en 1588 et la rebâptisent Goede ReedeLa Bonne Rade. C’est ce qui a donné par glissement lexical Gorée en Français. Par la suite, les Anglais, à l’instar de tous leurs homologues européens, venus chercher la poudre d’or et surtout des esclaves, tombent sur l’île et la recupèrent des mains des Hollandais, avant d’être évincés à leur tour par les Français. Mais les Anglais n’ont pas laché prise. Ils ont ensuite recupéré Gorée en 1758. Le 30 janvier 1779, en faveur de la guerre d’indépendance des Etats-Unis contre les Anglais et durant laquelle le Général français Lafayette a joué un grand rôle, les Français reprennent l’île. Elle est encore une fois recupérée par les Anglais en 1793. Finalement en 1817, l’Île de Gorée revient aux Français. Elle offre un mouillage facile et devient rapidement l’escale obligatoire des vaisseaux se dirigeant vers l’Amérique.

La principale attraction de l’Île de Gorée est bien évidemment la Maison des Esclaves. Elle se situe sur la rue Saint Germain. Elle a été construite entre 1776 et 1778 et a servi de centre de « triage » des esclaves comme celui établi au Ghana par les anglais. La Maison des Esclaves est une cour rectangulaire, au fond de laquelle un escalier en forme de fer de cheval conduit aux appartements du premier étage reservé aux Maîtres. Sous l’escalier, un grand couloir sombre donne accès au rez- de chaussée où sont les cellules des esclaves. Il y’a des cellules pour les hommes, les femmes, les enfants, mais aussi des cellules pour les esclaves recalcitrants. Dans ces lieux, particulièrement sinistres, mal éclairés, subsistent encore des anneaux auxquels ces malheureux étaient enchaînés.

Ce lieu de triage était aussi un lieu où se passait la vente aux enchères. Les esclaves hommes sont d’abord pésés, puis examinés comme on examinait son bélier de Tabaski ou un cheval avant de l’acheter : les dents, la langue, les testicules, la verge, la poitrine, les biceps, les mollets…Selon Joe, « la valeur d’un esclave était fonction de sa supposée capacité à se reproduire car on recherchait un véraitble étalon. Et dans ce registre, les esclaves d’origine Yoruba du Nigéria étaient les plus prisés. »

Quant aux femmes, on recherchait  l’ébène - les Anglais disent Ebony. Elle devait être de préference jeune, viege, belle, grande, possédant une belle poitrine avec des  seins fermes et aussi une belle dentition. C’était la ruée vers la perle rare. Mais il faut dire que ces perles rares étaient aussi utilisées comme concubines par les Barons, les Maîtres et les Riches de manière générale. C’est ce phénomène qui a donné naissance aux Signares qui, elles aussi, ont engengré une progéniture d’enfants Métis portant des noms illustres comme Dupont, Monreau, Carpot, Chevalier, pour ne citer que ceux là.

Concernant les enfants, on n’était pas trop regardant. Mais le prix d’un garçon était supérieur à celui d’une fille. Qaunt aux esclaves recalcitrants, ils étaient tout simplement frappés à mort ou mis à la diet, c'est-à-dire privés de nourriture. De manière générale, les esclaves n’étaient libérés qu’une seule fois par jour pour faire leur besoigne.

La description des lieux n’est pas terminée. Tout au fond du couloir, il ya une porte ouvrant sur la mer. C’est la Porte du Voyage Sans Retour. C’est là que sont embarqués comme des sardines dans des navires nègriers les esclaves déjà vendus et achetés à destination des Amériques : on pouvait emmener le père aux Etats-Unis, la mère au Brésil et les enfants aux Antilles ou aux Caraïbes, soit en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane, au Surinam. .. C’est la raison pour laquelle, Joe disait que «la séparation était totale ! »

Une fois  à destination, ces esclaves sont utilisés comme des bêtes de somme dans les plantations de café, cacao, canne à sucre, bannes, etc. Ils travaillent du matin au soir, nuit et jour. Ils sont fouettés s’ils refusent de travailler,  ligotés et lynchés en cas de tentative de fuite. Ils mangent des miettes et vivent dans des cases. D’où La Case de l’Oncle Tom, l’œuvre monumentale d’une américaine du nom de Harriet B. Stove.

On pourrait en parler pendant des heures, mais je m’arrête à ce petit résumé car mon cœur est déjà meurtri. Le Pape Jean-Paul II a effectué une visite au Sénégal. Il en a profité pour visiter Gorée. Après avoir longuement écouté le conservateur, il a prit la parole pour parler peu et bein : «Les Noirs doivent pardonner, mais ils ne doivent jamais oublier. » Repose en paix, Tonton Joe.

 

 

 

 

 

 L'auteur  Ibrahima simaga
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Commentaires: (16)
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Merci En Août, 2012 (11:09 AM) 0 FansN°:1
Merci pour l'hommage à ce Grand Monsieur qui a servi toute sa vie le peuple noir
BEYE Djeylani En Août, 2012 (11:41 AM) 0 FansN°:2
Un greand Merci pour cet hommage à ce GRAND MESSIEUR oncle joe, ou devrais-je dire Grand pére Joe, en core merci
BEYE Djeylani En Août, 2012 (11:42 AM) 0 FansN°:3
Un greand Merci pour cet hommage à ce GRAND MESSIEUR oncle joe, ou devrais-je dire Grand pére Joe, en core merci
Anonyme En Août, 2012 (12:33 PM) 0 FansN°:4
Un grand monsieur
Toubab En Août, 2012 (12:46 PM) 0 FansN°:5
je suis allé souvent ds les années 1980 a gore et en tant que toubab j'ai vu ce grand homme nous expliquer l'histoire mais ce qui m'a plus marquer c'est quant il se m’était a la place de l'esclave(il s’enchaînait etc).
c’était un grand homme Homme et je suis fière de l'avoir rencontré.
Anonyme En Août, 2012 (19:50 PM)0 FansN°: 322003
Tchey quand est-ce que les toubabs se mettront a ecrire leur langue comme des gens etant alles a l'ecole. C'est quand meme dommage et bien triste de devoir vous corriger... On ecrit: "il se mettait", ceci est une faute impardonnable.. Quelle honte! et quel affront a un Grd Homme si epris de la langue de Moliere.
Bob En Août, 2012 (13:35 PM) 0 FansN°:6
Bravo, ton petit recit m'a permis dapprendre beaucoup de choses. Merci a toi que la terre soit legere au grand homme Joseph Ndiaye.
Fall En Août, 2012 (21:44 PM) 0 FansN°:7
DIEUREDIEF JOE NDIAYE DIANATOUL FIRDAWSE THI BARKE MAME LIMAMOU AL MAHDIYOU LAYE PSL.
Anonyme En Août, 2012 (22:10 PM) 0 FansN°:8
le maison des esclaves se meure a cause du remplacant de Joseph Ndiaye , il n est pas ala hauteur .Aucune emotion dans son langage, sa voix est monotone il doit etre former ou revoir les cassetes de Joe
Mmsrba En Août, 2012 (07:32 AM) 0 FansN°:9
merci mr Imiga de nous rappeler une fierte de l'Afriquequ'ALLAH swt l'accueille dans son paradis .de son vivant on ne pouvait pas dissossier Goree de mr Ibrahima Ndiaye(pa Joe).ils nous subjugaient de ses commentaires sur la traite negriere dont lui seul avait la particularite.encore une fois merci de nous avoir raffraichi notre courte memoire.
Mmalik ndiaye En Août, 2012 (12:22 PM) 0 FansN°:10
mais il nous manque des info sur jo la person.
Anonyme En Août, 2012 (13:25 PM)0 FansN°: 321553
Je vous comprends mais l'homme est gros GRAND pour qu'on puisse le résumer. Merci
Souleymane Mbodj En Août, 2012 (12:40 PM) 0 FansN°:11
Instituteur,j'ai servi pendant neuf ans a l'ecole Leopold Angrand.Cela m'a permis d'approcher notre regrette:Joe.Il etait un grand patriote,d'une fierte et d'une dignite dont les insulaires goreens en portent un caractere distinctif.
Repose en paix,Boubacar!

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Ibrahima simaga
Blog crée le 27/01/2012 Visité 210317 fois 38 Articles 3353 Commentaires 13 Abonnés

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